Ma première séance de fasciathérapie : ce que mon corps a lâché

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La poignée en laiton du Cabinet des Tilleuls était froide sous mes doigts quand je me suis assise, l’épaule droite déjà raide. Ma séance de fasciathérapie a commencé par 10 minutes de questions, puis presque autant de silence après. J’avais noté le rendez-vous à 14h20, un mercredi, entre deux mails et le goûter de ma fille.

Je voulais surtout soulager mon épaule, mais j’ai commencé par parler de mon bassin

Je suis une femme qui passe ses journées assise, devant l’écran, avec le dos un peu arrondi et la nuque qui tire dès 11h. Dans mon métier et énergétiques, je connais bien ce genre de tension qui revient par petites vagues. J’avais aussi ma fille à gérer le soir, et mes fins de mois ne me laissaient pas beaucoup de marge.

J’ai hésité trois semaines avant de prendre rendez-vous. Je pensais vraiment venir pour mon épaule droite, celle qui me lançait quand je portais mon sac ou quand je restais trop longtemps au clavier. J’étais sûre de moi, et je m’étais presque agacée d’entendre qu’une séance pouvait durer 55 minutes avec un toucher léger.

La première surprise est venue dès les questions. La praticienne m’a demandé comment je m’asseyais, si je bloquais ma respiration quand je travaillais, et ce que faisait mon bassin quand je montais les escaliers. J’ai été frappée qu’elle s’intéresse aussi à la mâchoire, alors que j’étais venue pour un point précis, presque minuscule à mes yeux.

Elle n’a pas tourné autour de mon épaule comme je l’imaginais. Elle a parlé de posture, de bassin, puis de zones plus éloignées, comme si mon corps se racontait par couches. Je me suis dit, un peu de travers, que je payais peut-être pour quelque chose que je ne comprenais pas encore.

La séance a commencé doucement, mais c’est mon bassin qui s’est déverrouillé sans prévenir

La pièce était calme, avec une lumière douce et une odeur très discrète de linge propre. Je me suis allongée sur la table, sur le dos, puis sur le côté, pendant que le toucher restait lent et presque immobile. La séance a tenu 55 minutes, et j’ai parlé moins de 5 minutes au début, puis encore un peu à la fin.

Au bout de quelques instants, j’ai senti une chaleur diffuse sous sa main, sans pression appuyée. Puis mon bassin a bougé de quelques millimètres, pas plus, mais assez pour me surprendre. Un gros soupir est parti tout seul, avec un bâillement derrière, comme si ma cage thoracique s’était desserrée d’un cran.

Je me suis retrouvée à déglutir plusieurs fois, sans rien forcer. Mes doigts frémissaient par à-coups, et ma jambe gauche faisait de minuscules tressauts. À un moment, mon ventre a gargouillé alors que je n’avais rien mangé depuis le déjeuner, et j’ai eu envie de rire, juste parce que c’était si étrange.

Ce qui m’a dérangée, c’est que mon esprit voulait commenter chaque sensation. Je comptais les secondes, je cherchais à comprendre, et plus je contrôlais, moins je laissais passer. J’ai fini par lâcher l’affaire, un peu tard, je l’avoue, et c’est là que la détente a pris plus de place.

Je n’ai presque pas senti de travail direct sur mon épaule. Pourtant, c’est au niveau du bassin et du thorax que quelque chose a bougé, comme si le problème passait par un autre étage. J’ai été convaincue seulement quand, sous ce toucher très léger, ma nuque a cessé de tenir toute droite.

En me relevant, j’ai compris que la vraie tension ne venait pas de mon épaule

Le moment le plus net est arrivé quand je me suis redressée. Tourner la tête à gauche demandait soudain moins d’effort, et mon bassin soutenait mieux mon dos. J’ai marché jusqu’au couloir avec une impression bizarre, comme si mes pieds se posaient autrement sur le sol.

Je suis rentrée avec cette sensation de marche un peu flottante, presque maladroite. Puis j’ai compris que mon épaule n’était peut-être qu’un point de sortie, pas la vraie serrure. Le verrouillage du bassin, que je négligeais depuis des mois, semblait tirer sur tout le reste.

En observant mes réactions pendant la séance, j’ai mieux compris les liens entre les zones. Mes mâchoires s’étaient desserrées sans que je m’en rende compte, et j’avais moins cette habitude de serrer les dents le soir. Les jambes qui frémissaient, le bassin qui glissait de quelques millimètres, tout ça dessinait une mécanique plus fine que ce que j’imaginais.

La praticienne m’a parlé du fascia pelvien comme d’une zone qui peut rester tendue et remettre de la contrainte ailleurs, jusque dans le haut du corps. Je n’ai pas entendu ça comme une grande théorie, plutôt comme une piste concrète devant ce que je ressentais. Depuis, j’observe mieux quand mon ventre se ferme et quand mon dos se rigidifie en cascade.

Ce que je sais maintenant et que j’ignorais avant de commencer

J’ai compris que le toucher léger n’a rien d’un petit geste insignifiant. Il peut déclencher un relâchement profond sans pousser fort, et c’est contre-intuitif quand on vient avec l’idée qu’je dois appuyer davantage pour que ça travaille. Moi aussi, j’avais cette idée au départ, et j’avais tort.

J’ai aussi appris à ne pas juger la séance sur ce que je ressentais sur la table. Les effets les plus clairs sont arrivés dans les 24 à 48 heures suivantes, avec une grosse fatigue d’abord, puis une respiration plus ample le lendemain matin. Une fois, j’ai même dû me coucher plus tôt, tant je me sentais vidée.

J’avais fait deux erreurs bêtes. J’avais prévu une journée chargée après le rendez-vous, et j’avais enchaîné sans boire assez d’eau. Résultat, j’ai eu la tête un peu vide pendant le trajet du retour, puis une sensibilité au toucher dans le haut du dos pendant quelques heures.

J’ai fini par corriger ça à la séance suivante. Je me suis libérée le soir, j’ai marché doucement pendant 12 minutes, et j’ai laissé mon téléphone dans le sac en rentrant. Mon métier et énergétiques m’a aussi rendue plus attentive à ces détails modestes, ceux qu’on oublie vite quand on veut un résultat immédiat.

Ce que je garde de cette première table, et ce que je ne lui demande plus

Avec le recul, je sais aussi que je suis partie avec une attente trop serrée. Je voulais un effet clair dès la table, alors que mon corps avançait par paliers. Après 3 séances, j’ai senti quelque chose stable dans ma nuque et dans mon bassin, mais la première séance, seule, n’aurait pas suffi à me convaincre durablement.

Je garde l’image de cette fatigue propre, sans lourdeur, qui m’a prise après coup. J’ai aussi gardé le souvenir de la mâchoire plus libre, du ventre qui bougeait, et de cette façon étrange de respirer plus bas sans y penser. Pour ma fille, j’ai même changé une habitude simple, en rentrant plus tôt pour ne pas enchaîner sur une soirée trop bruyante.

Je ne sais pas si mon ressenti serait identique chez tout le monde, et je ne le prétends pas. Pour un diagnostic, je laisse ça à un médecin, parce que mon terrain à moi reste celui du toucher, des tensions, et de ce qui se relâche sans faire de bruit. Mais pour quelqu’un qui accepte de ne pas tout comprendre sur la table, cette première séance au Cabinet des Tilleuls m’a semblé juste.

Je suis devenue plus prudente avec mes attentes, et plus attentive aux heures d’après. Ce que je cherchais dans mon épaule s’est déplacé vers le bassin, la respiration, la mâchoire, et même la manière dont je marchais en sortant. Je suis rentrée chez moi avec moins de certitudes, mais avec un corps un peu moins verrouillé.

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La rédaction