La séance de reiki a commencé dans le silence de L’Atelier du Quai, à Annecy, en Haute-Savoie, avec les mains du praticien posées sans pression sur mes épaules. Je suis partie un mardi de novembre, avec la nuque serrée et l’idée simple de trouver un peu de repos. Quand j’ai laissé 220 euros dans ces quatre séances, j’étais sûre de moi, puis j’ai senti le doute s’installer. Un magazine indépendant consacré aux thérapies manuelles et énergétiques, j’ai pourtant cru reconnaître ce qui me faisait du bien.
Comment j’ai commencé à y aller sans écouter mon corps
Entre mon travail éditorial et ma fille, je cherchais un sas de calme que je n’arrivais plus à trouver à la maison. Une amie m’en avait parlé, et j’avais envie d’essayer sans me faire de film trop beau. Je voulais juste qu’on me laisse tranquille une heure, sans téléphone, sans bruit, sans rien à faire.
Dans la pièce silencieuse, les mains posées sans pression, j’ai été frappée par la chaleur nette dans mes paumes. Elle restait là même après que les mains avaient bougé, comme une trace tiède derrière la peau. Moi, je ne ressentais rien de spectaculaire, seulement une somnolence douce et une sensation très calme, presque neutre.
Quand il a commencé à parler de blocages, je me suis retrouvée à hocher la tête pour ne pas passer pour fermée. J’étais restée polie, puis je suis devenue plus docile séance après séance, comme si je devais valider ce qu’il disait. Je me suis sentie bête d’avouer que je ne percevais pas grand-chose, alors j’ai forcé le ressenti au lieu de dire non.
Au bout de quatre séances à 55 euros, j’avais laissé 220 euros et perdu quatre soirées entières. Il y avait aussi les 18 minutes de route à l’aller, puis le retour, et ce temps bizarre où je traînais encore dans ma voiture avant d’entrer chez moi. C’était cher pour une chaleur douce qui ne tenait pas plus loin que la porte du cabinet.
Le jour où j’ai compris que je perdais mon autonomie dans le soin
Le jour où le praticien m’a dit que mes épaules étaient un blocage massif alors que je ne ressentais rien, j’ai compris que je suivais une histoire qui n’était pas la mienne. Je n’avais ni douleur, ni gêne, juste une présence tiède sous ses mains et une petite crispation au ventre au début. Quand il a insisté, j’ai senti le sol se dérober un peu, et j’ai eu envie de me taire.
Je me suis retrouvée à chercher dans mes épaules un problème que je n’avais pas. À force d’écouter son interprétation, j’ai fini par douter de ma propre lecture du corps, et ça m’a agacée autant que troublée. Je n’aime pas qu’on me prête une histoire que je ne reconnais pas, surtout quand je suis allongée, immobile, et censée juste sentir.
Après chaque séance, j’avais la tête cotonneuse et une envie de dormir qui me collait jusqu’au canapé. Une fois, j’ai eu envie de pleurer sans raison nette, puis je me suis sentie vide, comme après une nuit trop courte. Pas terrible. Vraiment pas terrible.
J’ai tenté de faire comme si, parce que je ne voulais pas le décevoir ni paraître fermée. En sortant, je suis rentrée avec une honte idiote et la sensation d’être surtout lessivée, pas apaisée. Le trajet du retour m’a paru plus long que les 18 minutes annoncées par le GPS, et j’ai commencé à me demander ce que je faisais là.
Ce que j’aurais dû comprendre avant de retourner encore
Ce que j’aurais dû admettre, c’est qu’une séance de reiki peut n’être qu’un temps de repos. Pour savoir si cela me convenait, je pouvais noter trois choses très simples: mon état avant, mon état après, et l’envie ou non de reprendre mon rythme normal le lendemain. Quand on me demandait ce que j’avais senti, je répondais à chaque fois par deux mots seulement: ‘j’ai eu chaud’ ou ‘j’ai somnolé’. Rien et c’était déjà tout.
- Se forcer à ressentir quelque chose pour ne pas paraître fermée
- Transformer chaque baisse d’énergie en signe positif
- Confondre chaleur, relâchement et vrai mieux
J’aurais dû regarder la fatigue bizarre après la séance, la tête cotonneuse, puis l’envie de dormir qui traînait jusqu’au lendemain. Quand ça m’a paru trop lourd, j’en ai parlé à un médecin, parce que je ne savais pas si c’était le soin, le manque de sommeil ou juste une incompatibilité. J’ai aussi compris qu’un praticien sérieux ne me demanderait pas de forcer un ressenti ni de remplacer un avis médical. J’aurais aussi aimé des séances plus courtes et un praticien moins bavard, car quand il parlait moins, je me mélangeais moins les idées.
Ce que je retiens après avoir arrêté de suivre le récit des autres
J’ai arrêté de multiplier les séances à l’aveugle. J’en ai gardé une seule, par moments deux, quand je cherchais juste une heure de calme, et j’ai laissé tomber tout ce qui me donnait l’impression de payer pour être plus vide en sortant. Le silence, quand il est simple, me suffit bien mieux que les explications plaquées.
J’ai appris, un peu tard, à nommer ce que je ressens sans le décorer. Je peux dire ‘j’ai eu chaud’, ou ‘je n’ai rien senti’, sans chercher à faire entrer ça dans une histoire plus belle. Cette sobriété m’a évité de me raconter des choses qui ne tenaient pas.
Quand la fatigue ou les émotions prenaient trop de place, je ne restais pas seule avec ça. J’en ai parlé à un médecin, parce que je ne savais pas si cette lourdeur venait du soin, du manque de sommeil ou d’autre chose. Je n’ai pas trouvé de lecture magique, et je n’en ai pas voulu.
Au fond, L’Atelier du Quai m’a laissé le souvenir d’une pièce calme et d’une facture de 220 euros pour un bénéfice que je n’ai jamais su distinguer du simple repos. J’ai surtout retenu trois repères concrets: le prix, les 18 minutes de route, et la sensation réelle une fois rentrée. Pour quelqu’une qui cherche juste un temps très doux et accepte une fatigue après coup, cette séance aurait peut-être tenu. Pour moi, elle a surtout grignoté du temps, de l’argent et une part de confiance dans mes sensations. Si j’avais su, j’aurais gardé mes 220 euros et ma soirée.



