Croire qu’une séance remplaçait le médecin : la limite que j’ai apprise

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La fasciathérapie m’a laissée debout dans l’entrée du Cabinet des Tilleuls, près d’Annecy (Haute-Savoie), la main au bas du dos, avec une chaleur étrange qui montait encore. Ce soir-là, le carnet posé sur la table affichait 240 euros, ma fille dormait déjà dans le salon, et mon compagnon rangeait la cuisine pendant que je me persuadais que ça suffisait. Rédactrice éditoriale pour Formation Therapies, un magazine indépendant consacré aux thérapies manuelles et énergétiques, je notais déjà que le soulagement tenait 48 heures, pas plus.

Au début, je pensais qu’une séance suffisait à régler le problème

Je suis partie là-dessus après des semaines de dos serré, de fatigue collée aux épaules et de journées passées devant l’écran. Entre un bouclage du magazine et les soirées avec ma fille, je faisais tenir le reste avec du café tiède. Les trajets de 17 minutes et les étirements ratés n’aidaient pas, et le matin je me levais en biais, comme si mon dos cherchait déjà à éviter la chaise. Le praticien prenait le temps d’écouter l’historique et de toucher doucement, et je me suis sentie enfin prise au sérieux.

J’ai été convaincue que la détente de la table voulait dire plus que ce qu’elle disait. J’étais sûre de moi quand je suis rentrée sans demander d’autre avis. La douleur de fond persistait malgré une séance de massage ou d’ostéo, mais je l’ai rangée derrière la fatigue. Je suis devenue persuadée que le corps avait juste besoin d’un peu de calme, et le piège tenait à ce quart d’heure où je respirais mieux.

La chaleur diffuse après la séance était tellement agréable que j’ai confondu ce confort passager avec un vrai changement. Allongée sur la table, la douleur s’apaisait, puis elle revenait exactement au même endroit quand je me relevais. Je pouvais tourner le buste, lever le bras, même me redresser dans la voiture, puis tout revenait au même point dès que je reprenais ma journée. Dans l’ostéo, les craquements m’avaient impressionnée, mais la douleur mécanique restait là le soir, avec cette fatigue inhabituelle qui me tombait dessus à 21 heures.

Je n’attendais pas grand-chose, juste une semaine un peu moins tordue. Quinze minutes après la séance, je respirais plus large et je sentais le bas du dos tirer moins fort. C’était honnête sur le moment, pas sur la durée.

La surprise de suivre mes douleurs jour après jour et de voir que ça revenait toujours

Je me suis retrouvée à noter chaque jour la zone, l’intensité et le geste qui coinçait. J’écrivais aussi l’heure du réveil, la position dans le lit et le moment où la gêne revenait après la séance. Je comparais le matin, le trajet jusqu’au travail et le soir devant la table de cuisine, parce que tout ne se passait pas au même niveau. Sur 12 pages de carnet bleu, j’ai fini par voir une ligne qui se répétait, et ça m’a saoulée.

En rentrant après la quatrième séance, j’ai senti la douleur exactement au même endroit. La séance avait juste éteint une alarme temporaire. Le soulagement ne tenait jamais plus de 48 heures, puis la même pointe revenait, par moments plus vive. Par moments, je me croyais remise parce que je pouvais marcher sans boiter pendant 5 heures, puis la raideur reprenait la main au premier escalier.

Quatre séances à 60 euros en un mois m’ont coûté 240 euros, et 8 jours de mieux-être morcelé. Ce que j’avais payé, c’était surtout du relâchement, pas une réponse durable sur la douleur de fond. J’avais aussi perdu 3 semaines à attendre que le prochain rendez-vous fasse le tri à ma place. Quand je montais les escaliers, la même gêne me coupait encore le mouvement, et je repartais avec la même déception.

Un soir, j’ai relu mes notes à côté de la bouilloire, et j’ai vu que la douleur revenait après chaque reprise de marche rapide. Même le samedi, quand je me disais que le repos avait fait son travail, la pointe revenait au même endroit. Ce décalage entre la table et la vraie journée m’a rendu la chose impossible à ignorer.

J’ai fini par comprendre que la séance ne remplaçait pas un vrai bilan médical

Le basculement est venu un matin où la douleur a changé de nature. Elle ne restait plus dans le bas du dos, elle descendait dans la jambe gauche avec une sensation bizarre, presque électrique. J’avais repoussé le médecin en me disant qu’une séance allait tout remettre d’aplomb, et j’en ai payé le prix avec 3 semaines de flottement. À ce stade, je ne cherchais plus du confort, je cherchais juste à comprendre pourquoi le corps déviait.

Le signal que j’aurais dû lire plus tôt, c’était la raideur au réveil et l’engourdissement qui traînait jusqu’au petit déjeuner. La nuit, je changeais de position à 4 reprises, et la douleur revenait au même point dès que je me levais. J’ai été frappée par ce décalage entre la douceur de la séance et la brutalité du matin. Le corps me parlait plus fort, et moi j’écoutais encore le bruit agréable de la table.

Le praticien a coupé court, très calmement, en me disant que ce n’était pas de son ressort : allez voir un médecin. J’ai entendu cette limite comme une fin, alors que c’était le vrai garde-fou. Je suis rentrée avec l’impression d’avoir mal compris le silence de la séance, et le médecin m’a ensuite envoyée vers un rhumatologue. Je ne sais pas si j’aurais accepté ce virage plus tôt, mais j’aurais dû le faire.

Ce qui m’a achevée, c’est la peur de poser le pied par terre au premier lever. La jambe tirait, le sommeil se cassait en morceaux, et je ne pouvais plus faire semblant que c’était juste une tension du dos. Là, j’ai compris que je m’étais accrochée trop longtemps à la douceur de la séance.

Ce que j’ai appris et ce que je ferais différemment aujourd’hui

Rédactrice éditoriale pour Formation Therapies, un magazine indépendant consacré aux thérapies manuelles et énergétiques, je regarde ces séances comme un complément de confort, point. Je compare la sortie du cabinet, le lendemain, puis le deuxième jour, parce que le corps raconte autre chose quand la première impression est passée. Quand ma fille me demande pourquoi je note encore tout sur un carnet, je souris, parce que je sais qu’un mieux immédiat ne raconte pas une semaine. Je n’y cherche ni diagnostic ni remplacement d’un avis médical, et je renvoie toujours vers un médecin ou un praticien qualifié dès qu’une douleur change de nature. Ce regard-là m’a coûté quelques illusions, mais pas mal d’allers-retours inutiles.

Je n’en fais pas une règle générale, parce que je n’ai pas vu la même histoire chez tout le monde. Chez moi, la séance calmait, puis la douleur revenait au pas suivant. C’est cette oscillation qui m’a fait lâcher l’idée qu’un toucher doux suffisait.

  • douleur qui change de nature
  • réveils nocturnes qui se répètent
  • irradiation dans la jambe ou le bras
  • engourdissement au réveil
  • perte de force ou raideur qui dure

À la Maison médicale de Cran-Gevrier, j’ai compris trop tard que les 240 euros avaient acheté du calme, pas une réponse. Si j’avais su que le confort pouvait masquer le reste pendant 48 heures, j’aurais arrêté de me raconter que tout allait rentrer dans l’ordre. Pour quelqu’un qui accepte de chercher du relâchement, la séance avait sa place ; pour quelqu’un qui espère remplacer un bilan médical, j’ai trouvé la facture trop lourde. Je garde surtout cette gêne-là, celle d’avoir confondu un apaisement de passage avec une vraie issue.

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La rédaction