Ce que j’ai vécu en accompagnant une amie chez un énergéticien

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Accompagner une amie chez un énergéticien à L’Atelier Mistral, à Chambéry, m’a laissée face à l’odeur de bois ciré et de tisane tiède. Je vis près d’Annecy, en Haute-Savoie, et ce samedi-là, entre le réveil de ma fille, un message de mon compagnon et 60 euros sortis du portefeuille, je suis partie avec une petite boule au ventre et une vraie curiosité. Mon amie était allongée, immobile, les mains ouvertes sur le ventre, et j’ai été frappée quand elle a lâché un bâillement très large, sans même tourner la tête. J’étais venue pour regarder un relâchement corporel et un apaisement de la respiration, pas pour chercher une scène spectaculaire.

Comment on en est arrivées là, entre mes doutes et son besoin

Moi, Maéva Crépin, je suis arrivée avec l’idée de me taire et d’observer. Je ne prétends à aucun titre médical, et je ne pose pas de diagnostic. Mon amie traînait une nuque dure et des soirées trop pleines, avec ce regard qu’on porte quand on a déjà trop serré les dents. Elle cherchait juste une parenthèse où le souffle se pose, sans devoir raconter sa vie pendant vingt minutes. Moi, j’avais déjà entendu mille choses floues sur l’énergétique, entre gestes invisibles et mots qui partent dans tous les sens.

On avait pris le rendez-vous un samedi à 9 h 30. La séance avait coûté 60 euros, et le praticien avait annoncé 45 minutes. J’avais bu un café serré dans la voiture, puis presque rien mangé, ce qui m’a rendue agitée, moite, et un peu trop rapide dans mes gestes. Mon amie est arrivée en courant depuis le parking, les épaules déjà hautes, et j’ai compris plus tard que cette entrée pressée changeait tout.

Elle m’avait dit qu’elle voulait juste observer un relâchement corporel et voir si sa respiration devenait plus ample. J’ai été convaincue par cette simplicité, pas par un grand discours. Le fauteuil, la lumière basse et les phrases courtes du praticien m’ont paru plus justes que n’importe quelle promesse. Je me suis aussi trompée en pensant que je sentirais quelque chose dès les premières minutes, parce que les dix premières ont ressemblé à un long rien.

Une séance qui ne ressemblait à rien, jusqu’au basculement

La salle ne cherchait pas à impressionner, et c’est ce qui m’a plu. Il y avait une lampe jaune, une couverture pliée au pied de la table, et un silence si net qu’on entendait presque les frottements du tissu. Le praticien posait par moments les mains sans appuyer, par moments à quelques centimètres du corps, de la tête au thorax puis au ventre. Je regardais surtout les épaules de mon amie, parce qu’elles ont commencé à descendre par petites marches après 10 minutes.

Au bout de 12 minutes, elle a avalé sa salive deux fois, puis une troisième, comme si la gorge se dépliait enfin. Sa mâchoire s’est desserrée d’un coup, et je l’ai vu à la joue, qui ne tenait plus pareil. Puis le bâillement est arrivé, profond, large, presque impossible à cacher, suivi d’un soupir long comme si quelque chose tombait à terre. Elle a fermé les yeux plus fort, et je me suis retrouvée à regarder ce visage sans savoir si je devais parler.

Je ne m’attendais pas à une réaction aussi physique, et je m’étais imaginé une détente un peu abstraite, presque polie. Je me suis trompée, parce que là c’était net, presque animal, et j’ai été convaincue par le contraste entre ce qui se voyait de l’extérieur et ce qu’elle ressentait, elle. De mon côté, je me suis sentie bête d’avoir voulu analyser chaque geste. J’avais juste besoin de regarder sans prendre la main.

Alors je me suis tue pour de bon, et le silence a pris plus de place que moi. Dans ce calme, j’ai remarqué une chaleur dans ses paumes, puis dans son ventre, au niveau du plexus, alors que ses avant-bras restaient froids. Elle a dégluti plusieurs fois, et sa voix a changé quand elle a répondu au praticien. Elle était plus basse, plus lente aussi, et ses épaules redescendaient encore, presque au niveau de la table.

La suite a été plus discrète, avec un frisson qui a couru sur ses bras puis plus rien. La séance a tenu 45 minutes, mais le vrai tournant a pris moins de 3 secondes. Quand elle a rouvert les yeux, elle n’avait pas l’air d’avoir vécu un exploit. Elle semblait juste plus lâchée, et c’était déjà beaucoup.

Après coup, j’ai compris autre chose, et ça m’a servi pour le reste. Si je parlais trop, je coupais ce qu’elle était en train de sentir, et j’ai testé ça avec deux questions lancées trop vite. Elle a répondu à moitié, puis s’est refermée un peu, alors je me suis tue et les épaules ont recommencé à descendre. Nous sommes restées 20 minutes dans le couloir avec de l’eau, parce que le jour où nous sommes parties direct, la fatigue m’a tombée dessus sur le parking.

Ce que j’ai compris après coup, avec le recul

Dans mon travail et énergétiques, j’ai fini par repérer un point simple. Le bâillement n’est pas un effet décoratif, même si de l’extérieur il a l’air presque banal. Chez nous, il est venu avec un relâchement très concret, presque visible, et j’ai cessé de le prendre à la légère. La respiration est devenue plus ample, la mâchoire plus souple, et la tension de départ a cessé de tenir toute seule.

Je ne sais pas si cela raconte la même chose pour tout le monde, et je ne veux pas le faire croire. Je sais seulement ce que j’ai vu, et ce que j’ai senti dans la pièce, avec cette impression de calme qui se déposait par couches. Mon amie a eu un vrai coup de barre une heure après, avec une tête lourde et l’envie de dormir, puis elle a encore parlé de ce repos trois semaines plus tard. Ce n’était pas alarmant, mais c’était brutal.

J’ai aussi vu, dans un autre rendez-vous, des larmes arriver sans explication claire et une gorge serrée au milieu de la séance. J’ai aussi vu l’inverse chez d’autres personnes proches de moi, qui ne ressentaient rien pendant la séance et se demandaient si elles avaient raté quelque chose. Ce décalage m’a appris à ne pas raconter l’expérience à la place de l’autre. Je ne remplace pas un avis médical, et quand une douleur reste vive, quand elle ne bouge pas, ou quand quelque chose m’inquiète, je renvoie vers un médecin ou un praticien qualifié.

Je n’ai pas besoin de tout mettre dans le même sac. Quand la tension me paraît d’abord mécanique, je pense plus vite à l’ostéopathie vue côté patient; quand le besoin est de revenir au souffle, la sonothérapie ou la réflexologie me parlent davantage. Et quand quelque chose me semble dépasser le cadre du bien-être, je ne m’obstine pas. Je passe par un médecin, parce que cette ligne-là me semble saine.

Ce que je retiens, et ce que je referais

En sortant de L’Atelier Mistral, j’ai gardé une sensation très simple. Mon amie n’avait pas changé de visage de façon spectaculaire, et c’est peut-être ce qui m’a le plus parlé. Elle avait juste les épaules plus basses, la gorge moins tendue, et une voix qui traînait moins. C’est ce genre de détail qui m’a retenue.

Je ne referais pas la séance en venant pressée, ni après un café serré bu debout. Je suis rentrée chez moi plus calme que prévu, mais avec un vrai coup de fatigue sur le trajet. J’ai aussi compris que mon job n’était pas de commenter à voix haute pendant qu’elle traversait ça. Je laisserais à nouveau un temps calme derrière, sans enchaîner tout de suite.

Voir mon amie lâcher ce bâillement profond, puis laisser tomber ses épaules d’un cran, m’a fait changer de regard sur ce type de séance. Pas parce que j’y ai trouvé une explication claire. Parce que j’y ai vu une réaction corporelle sans théâtre, et j’ai été convaincue par ce point minuscule. Pour quelqu’une qui accepte de rester dans ce flou sans le remplir avec ses propres mots, cette expérience peut compter.

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La rédaction