Je voulais absolument sentir quelque chose pendant ma séance d’énergétique, au Cabinet du Clos Saint-Bernard, près d’Annecy en Haute-Savoie, et le plaid frottait déjà contre mes avant-bras. J’étais venue sans trop savoir à quoi m’attendre, mais avec l’idée absurde qu’un vrai effet devait se montrer vite. Le praticien a posé les mains, puis il est resté immobile quelques secondes au même endroit. Voici ce que j’ai fini par comprendre, et dans quels cas cette attente reste utile ou devient un piège.
Au début, je cherchais la sensation forte qui ne venait jamais
Je suis partie convaincue qu’il me fallait une sensation nette pour valider la séance. Je me suis retrouvée à compter les secondes, à surveiller ma respiration, puis à vérifier si mes épaules descendaient vraiment. J’ai appris à observer finement, mais là je me piégeais toute seule. J’étais sûre de moi, et pourtant je me mettais une pression idiotement forte.
La première séance a duré 45 minutes, avec un petit échange avant de sortir. Je fixais ses mains, puis le plafond, comme si un indice devait apparaître sous mes yeux. Rien de spectaculaire. Juste une chaleur tiède sur les paumes et un silence que je remplissais dans ma tête.
Au bout de 5 minutes, j’avais déjà fabriqué mon verdict. Pas terrible. Vraiment pas terrible. Je voulais une preuve visible, alors je guettais tout, jusqu’au bruit de ma salive quand j’avalais moins volontairement. C’est là que j’ai compris que je gâchais le rendez-vous moi-même.
Le vrai blocage était physique. Ma mâchoire restait serrée, mes épaules tenaient haut, et ma respiration ne descendait pas. J’ai été frappée par le contraste entre le toucher doux et mon cerveau qui refusait de lâcher. Quand on vient en mode examen, on ressort crispée, même si les mains sont restées légères.
J’ai arrêté de croire, et c’est là que le vrai changement est arrivé
J’ai arrêté de croire que je devais sentir quelque chose pendant la séance, et j’ai regardé autre chose. Mon premier repère a été le sommeil, parce que c’est là que je triche le moins avec moi-même. Quand ma fille avait 6 mois, j’avais déjà appris à distinguer une nuit qui tient la route d’une nuit qui laisse la tête lourde. À partir de là, je me suis notée sans indulgence.
La nuit suivante, je suis rentrée plus calme que d’habitude, sans pouvoir dire pourquoi. J’ai été frappée par un endormissement plus rapide, puis par un réveil unique au lieu de ces allers-retours qui me cassent. Le vrai verdict n’est pas venu dans le cabinet, mais 24 heures après. Le lendemain encore, la fatigue était différente, plus propre, moins collante.
Le détail qui m’a fait changer de regard, c’est la détente au réveil. Mes épaules ne collaient plus à mes oreilles, et je ne serrais plus les dents en ouvrant les volets. Je me suis sentie plus basse dans mon corps, avec une lourdeur agréable dans les bras. Rien de spectaculaire. Juste un corps qui avait cessé de monter la garde.
Je n’ai pas été convaincue sur le moment. En revanche, la répétition de ce calme sur trois rendez-vous m’a fait changer d’avis. C’est là que j’ai compris que la séance n’était pas à juger au milieu, mais à la sortie et le lendemain. Pour moi, c’est aussi là qu’elle devient lisible.
Ce qui fait la différence selon moi, c’est moins la croyance que le cadre et la méthode du praticien
Ce qui fait la différence, selon moi, tient moins à la croyance qu’au cadre. Quand le toucher reste doux, avec des pauses prolongées et un praticien qui garde la même position quelques secondes, je sens tout de suite si mon corps décroche. J’ai déjà perçu une chaleur nette dans le sternum, puis dans la nuque, et par moments même un faux courant d’air autour des mains du praticien alors qu’il ne touchait presque pas. C’est discret, mais ce n’est pas flou.
Le discours compte autant que les mains. Quand le praticien m’explique avant et après ce qu’il cherche à faire, je ne pars pas avec une attente de miracle, et je supporte mieux les effets variables. J’ai appris à repérer le flou ; ici, le flou casse la confiance en trois minutes. Dès que l’explication reste simple, je me détends davantage.
Le cadre sobre change tout. Une couverture, un silence normal, pas de promesse trop grande, et mon corps se met davantage en route. Le moment le plus net, pour moi, c’est quand la mâchoire se desserre d’un coup, la bouche reste un peu entrouverte, et j’avale ma salive moins volontairement. À ce moment-là, je sais que je ne suis plus dans le contrôle pur.
J’ai aussi remarqué que les sensations ne se répartissent pas partout. Quand ça travaille, c’est plus net au niveau de la poitrine, du plexus, de la nuque ou du bas du dos. Une fois, j’ai eu quelques picotements fins dans les doigts, puis un ventre qui gargouillait sans prévenir. Là encore, rien de magique. Juste des signaux corporels que je ne voyais pas quand j’étais trop pressée.
Si tu es comme moi, stressée et sceptique, mieux vaut une séance utile qu’un effet spectaculaire
Si je reste stressée et sceptique, cette séance peut me faire du bien, mais seulement si j’accepte de ne pas tout saisir tout de suite. Quand je sors lessivée, ce n’est pas un échec pour moi ; par moments c’est juste le prix d’un relâchement que je n’avais pas prévu. Je préfère arriver sans agenda serré, parce que le bénéfice se voit dans les heures suivantes, pas dans l’instant.
À l’inverse, si je cherche un effet visible au bout de 5 minutes, je repars frustrée. C’est là que j’ai fait l’erreur la plus bête : confondre bâillement, baisse de vigilance et séance ratée. Un jour, je me suis même dit que rien ne s’était passé parce que j’avais failli m’endormir. C’était l’inverse.
Je ne mets pas la même chose dans la balance que pour une relaxation guidée. La sophrologie me donne un fil plus net sur le moment. La méditation m’aide quand je veux un cadre simple dans la journée. La relaxation guidée m’apaise sans passer par ce côté très passif qui me déroute par moments.
- la relaxation guidée, quand je veux un apaisement tout de suite
- la sophrologie, quand j’ai besoin d’un cadre clair
- la méditation, quand je veux reprendre la main sans toucher
Et pour une douleur qui change, ou une fatigue qui s’installe vraiment, je ne mets pas ça sur le même plan. Là, je passe par un médecin, ou par un ostéopathe si le cadre s’y prête. La séance énergétique garde sa place, mais elle ne remplace pas ce que je ne sais pas évaluer seule.
Ce que je referais, et qui devrait m’imiter
Pour qui oui
Je le garde pour trois profils très nets. D’abord, la personne qui peut bloquer 45 minutes, payer 40 euros pour une première séance, et accepter de ne rien conclure avant le lendemain. Ensuite, celle qui dort mal, qui serre les dents, qui sent ses épaules monter jusque sous les oreilles, et qui veut surtout tester un relâchement physique. Enfin, celle qui accepte 3 rendez-vous avant de trancher, au lieu de demander une preuve immédiate.
Je le garde aussi pour quelqu’un qui accepte de juger après 24 heures, pas au milieu de la séance. Le cadre sobre, le silence, la couverture, le toucher doux, tout ça parle mieux à une personne qui cherche un apaisement concret qu’à une chasse au grand frisson. Au Clos Saint-Bernard, c’est ce décalage qui m’a fait changer d’avis.
Pour qui non
Je le déconseille à la personne qui veut un résultat net au bout de 5 minutes, qui supporte mal l’idée qu’une séance varie d’une fois à l’autre, ou qui n’a pas envie de payer 70 euros pour un ressenti trop flou. Je le déconseille aussi à celle qui arrive déjà vidée et qui doit retourner au travail juste après, parce que la fatigue après coup peut être rude.
Je le déconseille encore à la personne qui ne supporte pas l’incertitude. Si le discours du praticien reste vague, ou si la promesse est trop haute, je pars vite. Là, je ne négocie plus avec moi-même.
Mon verdict : au Clos Saint-Bernard, je garde ces séances pour un usage précis, celui d’un corps qui veut redescendre d’un cran et d’une tête qui accepte de regarder le lendemain. Pour quelqu’un qui accepte de laisser 2 ou 3 rendez-vous parler, ce n’est pas du vent. Pour quelqu’un qui attend un spectacle immédiat, c’est une dépense de trop.



