Vouloir tout tester en même temps : pourquoi j’ai fini par ralentir

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Le stylo a roulé sous le canapé quand j’ai additionné 312 euros pour cinq rendez-vous en 27 jours, après un passage au cabinet de la rue Sommeiller, à Annecy, en Haute-Savoie. J’avais empilé ostéo, massage et reiki sur la même semaine pour aller plus vite. J’ai été frappée de voir que ce n’étaient pas les soins qui m’avaient tenue debout, mais les jours calmes entre eux. Quand je suis rentrée, ma fille faisait ses devoirs à la table, et j’étais sûre de moi pour une fois de trop.

La fois où j’ai vraiment compris

Je suis partie du principe qu’en réservant ostéo, massage et reiki dans la même semaine, je gagnerais du temps. Je voulais aussi tout comparer d’un coup. J’ai pensé que je saurais séparer les sensations sans difficulté. J’avais tort. Le lundi, je sortais d’une séance avec le dos un peu plus souple. Le mercredi, je me faisais encore plus de nœuds en traversant la ville. Le vendredi, je notais déjà des épaules lourdes et une tête un peu cotonneuse.

La première vraie alerte est arrivée pendant une séance pourtant douce. Je me suis retrouvée à bâiller en rafale, avec une fatigue qui me montait dans le crâne comme du coton. Le praticien a posé ses mains près de ma nuque, puis sous ma mâchoire, et j’ai senti une détente nette dans l’articulation. Sur le moment, j’ai été convaincue que tout allait mieux. Deux heures plus tard, j’avais les trapèzes durs, une petite nausée passagère, et l’impression d’avoir été brassée. Le lendemain matin, je me suis réveillée avec des courbatures diffuses, comme après une mauvaise nuit en voiture. Et ce n’était pas fini au petit déjeuner.

En cinq séances, j’avais mélangé trois praticiennes différentes et quatre approches. Je ne savais plus qui avait fait quoi. Le massage m’avait semblé très enveloppant, la réflexologie m’avait laissée plus calme sur le moment, et le reiki m’avait envoyée directement dans un sommeil lourd. Mais je n’avais aucune lecture nette derrière ça. Au bout de 27 jours, je m’étais retrouvée vidée, incapable de dire si le soin m’avait aidée ou si c’était juste le repos du lendemain. Les 312 euros me restaient en travers de la gorge, parce que je n’avais pas acheté de clarté. J’avais acheté du flou.

Trois semaines plus tard, la surprise du repos

J’ai fini par lever le pied après une séance d’ostéo de trop. Le praticien a travaillé sous mon occiput, puis il a gardé une main légère sur ma mâchoire. J’ai senti, d’un coup, mes dents se desserrer. Je suis sortie légère, presque flottante, et complètement KO. J’ai dû m’allonger 40 minutes dès mon retour. Ma fille a levé les yeux de sa feuille et m’a demandé si j’avais mal quelque part. Je n’ai pas su lui répondre. J’étais juste vidée, avec cette sensation bizarre d’avoir reçu quelque chose de très utile et de trop lourd à la fois.

Quand j’ai espacé les rendez-vous de 14 jours, j’ai commencé à voir ce que chaque séance changeait vraiment. Le sommeil est devenu plus profond. Mes trapèzes ont lâché pour de bon, pas juste pour une heure. Le brouillard mental du lendemain a reculé. J’ai appris à regarder les détails minuscules, alors j’ai noté le sommeil, la tension de la mâchoire et l’énergie sur 12 lignes. C’était simple. Et, pour une fois, ça me parlait clairement.

La surprise, c’est que le corps semblait travailler pendant le silence, pas pendant la séance elle-même. Une nuit, j’ai fait des rêves très vifs après un soin très doux. Une autre fois, mon ventre a gargouillé pendant une heure au retour, comme s’il relâchait aussi quelque chose. La mâchoire, elle, craquait moins le surlendemain. C’est là que j’ai compris mon erreur. Je regardais le moment sur la table, alors que le vrai mouvement arrivait après, dans le lit, sous la douche, ou en silence à la cuisine. J’ai été convaincue trop vite par le soulagement immédiat.

Ce que j’aurais dû vérifier avant de multiplier les séances

Le piège était simple. J’avais voulu faire entrer trois approches dans le même espace-temps, sans laisser au système nerveux autonome le temps de se poser. J’ai fini par comprendre, à force d’y retourner, que 48 heures changent tout dans la lecture d’une séance. Ce que beaucoup ratent, c’est qu’une sensation agréable sur la table ne dit pas encore ce que le corps gardera après. Je l’ai appris à mes dépens, parce que j’ai confondu vitesse et intégration. Et quand on est déjà épuisée, le corps ne calme pas toujours la donne, il la rend plus nette.

  • Bâillements irrépressibles pendant la séance, au point de ne plus écouter la pièce autour de moi.
  • Courbatures diffuses le lendemain, avec cette impression nette d’avoir été brassée.
  • Sommeil lourd la nuit suivante, puis rêves très présents au réveil.
  • Sensation de tête pleine et besoin de m’isoler dès la sortie du cabinet.

Quand j’avais essayé plusieurs praticiennes sans rien noter, j’avais perdu le fil en trois jours. Une me parlait de relâchement, une autre de respiration, une troisième de fascias qui bougent après coup. Moi, je retenais surtout les phrases qui se contredisaient. Je ne cherchais pas à poser un diagnostic, seulement à comprendre ce qui méritait d’être noté, puis transmis à des praticiennes qualifiées ou à un médecin si cela durait. Sans carnet, je n’avais que ma mémoire fatiguée et mes impressions du moment. Si une fatigue inhabituelle durait plus de 48 heures, je n’avais pas de lecture claire, et j’aurais dû demander un avis médical au lieu de continuer à empiler des rendez-vous. Ce flou m’a coûté des séances, du temps, et pas mal d’agacement contre moi-même.

Le bilan : pourquoi ralentir a changé ma façon de voir les soins

Quand j’ai arrêté d’enchaîner, mon budget a respiré aussi. Le mois suivant, je suis redescendue à 154 euros, avec seulement deux rendez-vous au lieu de cinq. Je n’avais plus cette impression de jeter de l’argent dans une succession de jolies sensations. Et je distinguais enfin ce qui m’aidait vraiment. Le massage me détendait dans l’heure. La fasciathérapie me laissait par moments les épaules un peu sensibles avant de les délier. Le reiki me donnait un sommeil plus lourd, mais seulement quand je lui laissais une vraie place. Pour quelqu’un qui cherche à comprendre son corps sans se précipiter, ce rythme-là m’a paru plus honnête. Pour quelqu’un qui accepte de patienter, il disait bien plus de choses.

Un mardi de novembre, j’ai failli tout arrêter. J’étais rentrée d’une séance en me disant que rien ne marchait vraiment. J’avais mal partout et je me sentais un peu ridicule d’avoir mis autant d’espoir dans des mains, des silences et des tables trop dures. C’est là que j’ai compris mon erreur la plus bête. Je voulais un verdict immédiat. Mon corps, lui, avait besoin d’un soir, d’une nuit, puis d’un matin tranquille. Si j’avais su ça plus tôt, j’aurais évité de tirer des conclusions dans la fatigue et de me faire peur pour rien.

Je garde de cette période une leçon très simple, et pas très glamour. La pause n’était pas un retard. Elle faisait partie du soin, même si je ne l’acceptais pas sur le moment. Les 312 euros du premier mois m’ont servi de rappel net, et la place Sainte-Claire, à Annecy, m’a vue rentrer chez moi avec moins d’illusions, mais plus de clarté. Si j’avais su plus tôt que le silence entre deux séances parlait plus fort que la séance elle-même, j’aurais évité ce mois trop chargé et cette fatigue que je traînais comme un manteau mouillé.

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La rédaction