J’ai enchaîné les praticiens sans les laisser travailler : mon erreur

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J’ai enchaîné les praticiens sans les laisser travailler, et la nuque m’a tiré d’un coup en sortant du Cabinet des Tilleuls, près d’Annecy (Haute-Savoie). Je suis rentrée avec les épaules plus hautes qu’en arrivant, alors que j’avais déjà lâché 287 euros en trois semaines. Le pire, c’est que j’étais sûre de moi en poussant la porte. Je pensais faire avancer les choses, pas m’alourdir davantage.

Je croyais bien faire en multipliant les séances rapprochées, mais c’est devenu un cercle vicieux

Le mois avait été dense, entre mon travail, les trajets, la vie à la maison avec mon compagnon et ma fille qui réclamait tout en même temps. J’avais mal aux épaules depuis des semaines, avec cette barre qui monte entre les omoplates et la nuque. J’avais fini par me dire qu’en serrant les rendez-vous, je réglerais ça plus vite. J’ai pris un massage, puis une séance d’ostéopathie, puis un reiki, presque sans respirer entre les trois.

Dans mon travail, un magazine indépendant consacré aux thérapies manuelles et énergétiques, j’ai vu revenir la même erreur sous des formes différentes. Je me suis laissée happer par l’idée de tout corriger sur la même zone, sans laisser 48 heures de calme entre deux séances. Je n’ai pas écouté la petite voix qui disait que ma nuque n’était pas prête. J’ai même changé de praticienne après la première séance, parce que je n’avais pas senti de soulagement spectaculaire tout de suite.

Le résultat m’a vite rattrapée. Après un massage un peu appuyé, je me suis retrouvée avec des raideurs plus nettes le lendemain matin. Après l’ostéo, j’ai eu une fatigue lourde dès 19h12, au point de m’asseoir dans la cuisine sans rien faire. La peau de mes trapèzes était presque trop sensible sous la sangle du sac, comme si tout le haut du dos était à vif.

Ce qui m’a le plus déstabilisée, c’est cette sensation de corps brassé. La tête cotonneuse revenait presque à chaque sortie, avec un flottement étrange dans les 12 minutes qui suivaient. Je buvais beaucoup dans la voiture, puis mes trapèzes se re-durcissaient avant même d’avoir quitté la rocade. J’ai fini par comprendre que mon corps n’avait pas récupéré, et que j’avais pris une vraie réaction de séance pour un manque de résultat.

La facture et le temps gaspillés quand on ne laisse pas le corps intégrer

La facture a commencé à grimper très vite. Entre les rendez-vous à 62 euros, 74 euros, puis 81 euros, j’ai laissé 287 euros s’envoler en moins de trois semaines. Et je n’avais pas un seul repère net pour dire ce qui m’avait aidée ou pas. Chaque séance arrivait trop tôt, avant que la précédente ait eu le temps de se poser.

Le vrai gâchis, c’était aussi le temps. Je sortais par moments plus fatiguée que la veille, avec l’impression de traîner une valise invisible toute la journée. Le soir, je renonçais au sport, puis je sautais aussi les jeux avec ma fille parce que mes épaules ne suivaient plus. J’avais l’impression de perdre des journées entières à attendre que ça se tasse.

Le stress a monté avec la douleur. Au lieu d’un cou plus souple, j’ai vu la gêne migrer vers le haut du dos, puis remonter sous l’oreille gauche, comme si le corps se défendait. J’en suis venue à relire mes propres notes de séance, agacée par les contradictions. Une praticienne parlait de repos, une autre de mobilité, et moi je ne savais plus quoi croire.

Le moment le plus désagréable a été mental. Je me suis demandé si j’étais trop sensible, ou si je fabriquais moi-même le problème. J’ai même pensé, un soir, que cette zone ne lâcherait jamais. C’était bête, mais ça m’a coupée dans mon élan. J’étais passée de l’espoir à une sorte de petit blocage sec, sans prévenir.

Le jour où j’ai compris que ça ne marchait pas et ce qu’on ne m’avait pas dit

Le déclic est arrivé pendant une séance où la praticienne m’a demandé de revenir dans une semaine, pas avant. Elle m’a dit de regarder ce qui se passait pendant 72 heures au lieu de juger en sortant du cabinet. Cette phrase m’a arrêtée net. Je me suis retrouvée face à ce que j’évitais depuis le début, à savoir le temps réel du corps.

Ce que je n’avais pas intégré, c’est qu’une séance peut remuer sans régler tout de suite. J’ai appris cela dans ma chair, avec des courbatures diffuses, une peau sensible et cette fatigue un peu grise en fin de journée. Pendant une soirée entière, j’avais la sensation d’avoir reçu un travail léger et pourtant de porter quelque chose de lourd. Ce n’était pas glorieux, mais c’était net.

J’ai aussi compris le piège du zapping. Quand je changeais de praticienne à chaque doute, je perdais la comparaison. Après trois séances espacées, le signal devenait plus lisible. Quand je sautais d’un massage à l’ostéo, puis au reiki, puis à autre chose, je brouillais tout, y compris mes propres sensations.

Le détail qui m’a marquée, c’est la zone à vif. Au toucher, certains points rallumaient une gêne presque électrique, comme si les fascias avaient été travaillés trop vite. Je ne sais pas tout de ce mécanisme, mais je l’ai senti très concrètement sur mes trapèzes. Quand j’y retournais trop tôt, le corps paraissait repartir en défense, et la douleur s’étendait au lieu de se poser.

Ce que je ferais différemment aujourd’hui et pourquoi je ne referai plus cette erreur

J’ai fini par comprendre que je brouillais mes propres repères. Aujourd’hui, je garde la même personne plusieurs séances, et j’attends que le corps raconte quelque chose de clair avant d’ajouter une autre piste. Je note la fatigue, la raideur, la peau sensible, le sommeil, puis je laisse passer 48 heures ou davantage avant de tirer une conclusion. Ce n’est pas brillant ni rapide, mais au moins je sais ce que je regarde. Je ne pose pas de diagnostic et, si la douleur persiste, je renvoie vers un médecin ou un praticien qualifié.

  • une peau qui devient sensible au contact pendant 2 jours, au point que la sangle du sac dérange
  • une raideur qui revient dès le trajet de retour ou dans la matinée suivante
  • une fatigue lourde le soir même, avec cette tête cotonneuse qui me vide d’un coup

Je me suis aussi promis de ne plus multiplier les approches en parallèle. Quand je mélangeais massage, ostéo et reiki sur la même zone, je ne savais plus ce qui remuait, ce qui calmait, ni ce qui fatiguait. Le coût caché du zapping m’a sauté au visage, autant en euros qu’en énergie. J’ai payé cher pour apprendre qu’un corps déjà irrité n’aime pas qu’on lui parle dans trois langues à la fois.

Mon regard a changé sur un point simple : laisser du temps entre deux séances n’a rien d’un caprice. C’est ce qui m’a manqué au Cabinet des Tilleuls, et j’aurais voulu le savoir avant de sortir avec 287 euros de moins et une nuque encore plus tendue. Quand j’étais pressée d’aller mieux, j’ai cru qu’empiler les praticiens donnerait une réponse plus nette. Au final, ça m’a surtout brouillée, et j’ai payé ce brouillard pendant plusieurs jours.

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La rédaction